Imagine ère

3 mars 2013

Les Amants du Crépuscule – Jeanne – Chapitre 1 – 2ème partie

Classé sous R.J. Carré-Lapresad,VAMPIRES — carrelapresad @ 11 h 01 min

Une silhouette l’observait. Ombre vêtue de nuit dissimulée sous une cape sombre. Elle était tapie dans un coin de la pièce. Elle, cause du malaise de Jeanne. Destinataire de sa supplique. Pourtant, Jeanne ne voulait pas lever les yeux vers cette forme sombre. Elle savait !

 

                Calée contre le mur, l’Ombre se délectait. La langue entre les dents, ELLE humait l’air, captant les arômes que dégageaient, et s’en enivrait. Un frisson. ELLE ferma les yeux… quel délice !

Parfums suaves d’angoisse, de transpiration et de sang, mêlés à un autre arôme : celui de la Neschama – Jeanne était celle-là ! son sang dégageait cet effluve délicat, imperceptible par l’homme, mais tellement jouissive pour ELLE, car la Neschama n’était-elle pas l’aînée des descendantes d’Eve.

                ELLE en avait envie… L’odeur lui brûlait déjà la langue. Son ventre était chaud de désir. ELLE se sentit toute chose, troublée… Comme inondée par une sensation liquide, se déversant en ELLE.

ELLE se caressa le corps. Ses doigts montèrent vers ces cheveux humides de perles de sueur. Sa tête roula en arrière. Quel supplice ! ELLE savait que le sang de Jeanne lui était interdit, qu’ELLE périrait à la moindre gorgée… (ELLE poussa un râle bestial presque animal). ELLE tenait TROP à la vie. ELLE devrait se satisfaire autrement.

                ELLE avança vers Jeanne.

                SILENCE…

 

                La jeune femme se recroquevilla sur elle-même, serrant plus fort ses jambes autour d’elle, se tassant plus près encore du mur – comme si elle pouvait disparaître dans celui-ci.

                Quel délice de la voir dans l’angoisse !

                ELLE glissa vers l’animal blessé.

                « Non… non… » Jeanne tenait sa tête entre ses mains.

ELLE s’arrêta à quelques pas de Jeanne-l’oisillon. La jeune femme leva la tête vers ELLE et soutint son regard. Puis, après de longues secondes, elle sourit et se mit à se bercer lentement en chantonnant.

                Soudain, Jeanne cria.

                Elle fut prise de violentes convulsions, frappant ses jambes, se bras. Repoussant d’un revers de la main ces choses qu’elle-seule voyait.

                « Aaaah… » soufflait-elle.

                Elle tremblait, battait des mains, agitait les pieds, dans une danse frénétique.

                « Pitié, sanglota-t-elle. Aidez-moi. Je vous en prie. » Un regard à l’Ombre qui se délectait de la voir à l’agonie. Celle-ci connaissait l’aversion de Jeanne pour ces bestioles.

L’illusion des rats, quelle délicieuse idée !

                Mais la scène manquait de piquant.

                ELLE lança alors quelque chose qui tomba lourdement près de la jeune femme : un poignard.

                Jeanne le regarda, interdite. Et, devant la morsure des dizaines de rats qui s’agglutinaient sur elle, lui dévorant les jambes, courant sur son ventre, montant sur ses seins, elle n’en empara et frappa. Frappa, frappa…

                ELLE se grisait de l’effluve du sang interdit, nectar divin défendu aux déchues, sang qui s’écoulait des plaies de Jeanne.

Puis bientôt, la jeune femme n’eut plus la force de s’assener des coups de couteau. Son bras glissa lentement le long de son corps meurtri pour s’écraser lourdement dans une flaque de sang. Elle leva les yeux : l’Ombre la surplombait, un sourire sur les lèvres.

                Quel délice de la voir ainsi !

                Jeanne ouvrit la bouche, sa poitrine se soulevait péniblement dans sa chemise de nuit maculée de sang. Elle voulut tendre la main vers la chambre de sa fille…

 

SILENCE…

 

ELLE observa Jeanne puis, avec un sourire satisfait, disparut comme la lune derrière le voile léger des nuages.

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2 mars 2013

Les amants du crépuscule – Jeanne – Chapitre 1

Classé sous R.J. Carré-Lapresad,VAMPIRES — carrelapresad @ 21 h 36 min

Jeanne venait d’embrasser sa fille, comme tous les soirs, avant de la mettre au lit.

 

Elle réprima un sanglot. Pourquoi les avait-il séparées ? Rose n’avait que cinq ans, elle avait encore besoin de sa mère !!!

On avait éloigné l’enfant d’elle, sa propre mère, lui prétextant qu’elle était encore trop fragile pour s’occuper de sa fille. Certes elle était restée sous le choc de la mort de son premier né, mais cela remontait à près de huit ans et l’éloigner de sa fille n’était certainement pas la meilleure des thérapies.

Elle savait que sa belle-mère ne lui faisait pas confiance – et que l’ordre d’engager une nourrice sur lieu venait d’elle.

                Sa belle-mère avait-elle souligné la fatigue physique de Jeanne (argument qu’elle avait servi à son fils Fernand) afin d’engager cette nourrice, cette Marguerite, en penchant plus pour la fatigue mentale de la pauvre Jeanne. Elle avait peur pour sa petite-fille !

Les cauchemars de Jeanne allaient en s’amplifiant. Ses pertes de conscience, ses discours incohérents… Allait-elle jusqu’à soupçonner que Jeanne avait tué son propre fils ? La mort chez les nourrissons était, malheureusement courante.

Devenait-elle folle ? Se poser cette question était-il preuve de lucidité, l’inquiétude d’un esprit sain ?

                Elle longea le couloir qui séparait sa chambre de celle de sa fille, immense passerelle entre elle et le bonheur apaisant de la maternité.

 

                Elle entra dans sa chambre. Une légère brise faisait onduler le voilage de soir tendu devant la fenêtre ouverte.

Elle se massa la nuque : quelque chose, depuis un certain temps, la tracassait, sans qu’elle sache exactement quoi ! Elle se sentait oppressée, prise dans une réalité étouffante qui n’était pas la sienne. Quelque chose avait changé dans l’atmosphère qui l’enveloppait.

Devenait-elle folle ? TOUS le prétendaient, du moins s’était ce que lui rapportaient les quolibets ! Que savaient-ils tous de sa vie ? Comment pouvait-on la juger ?

                Elle se coucha, contemplant le plafond. Quand une ombre se découpa derrière le voilage.

                Elle se redressa.

                RIEN.

                Etait-ce son cerveau malade, ou une ombre imprimé sur le coin de son œil ?

Elle s’allongea, non sans un regard autour de la chambre.

                Elle se surprit à soupirer : que lui arrivait-il ?

                Un souffle glacé sur son visage.

                « Non !… » Elle ne put articuler un mot, son cri s’étrangla dans le fond de sa gorge. Elle glissa hors de son lit et rampa dans un coin de sa chambre.

                « Non, non… pitié… Je vous en prie… Non… » Sa voix n’était plus qu’un soupir. Plus que le souffle anodin du vent dans les branches du peuplier sans feuilles qui balançait, insouciant, ses longs doigts, ombres fantomatiques, devant la vitre.

                Tout était calme.

                SILENCE.

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Extrait de mon roman LES AMANTS DU CREPUSCULE – ROSE – Prologue

Classé sous R.J. Carré-Lapresad,VAMPIRES — carrelapresad @ 0 h 23 min

Dans mon demi-sommeil, les orbites roulant sous mes paupières endormies, j’étais mal à l’aise, frémissante sur ma couche humide. Du bruit autour de moi, comme des petits craquements ! Où étais-je ? Je frémis, les paupières froncées sous l’effet des rayons du soleil levant qui venaient me caresser le visage.

J’ouvris les yeux : que faisais-je là ?!

Je me trouvais dans le bosquet, allongée sur le lichen humide de rosée, des feuilles dans les cheveux, mes jupes tâchées de boue… Encore dans la pénombre, je m’assis et me penchais pour tirer mes jupes vers moi et épousseter cette terre séchée. Je m’acharnais, mais les traces humides ne sortiraient qu’après un lavage prolongé dans l’eau savonneuse. Les ombres squelettiques des arbres alentours semblaient se mouvoir autour de moi. Elles dansaient, rétrécissaient pour laisser apparaitre, derrière elles, le tapis mordoré dans feuilles mortes. Je regardais mes pieds nus couverts de boue… Une ombre s’effilocha, s’écartant devant un rayon de soleil qui vint éclairer mes pieds… Incrédule, j’essuyais frénétiquement ma peau maculée de cette étrange substance rouge et visqueuse, qui commençait à sécher, virant au noir : DU SANG !

Mes jupes en étaient également imprégnées.

Je me levai, une main au sol pour me soulever qui roula sous quelque chose de tiède et mou. Près de moi, un cadavre ! Je me redressais, titubant, chancelante sur mes jambes fiévreuses… je cours, hystérique, mes mâchoires claquent, je suis perdue… J’arrive devant la maison, j’entre, Marguerite est là, j’ai du mal à articuler…

Marguerite me dit qu’elle m’a vu dans le bosquet… je ne comprends pas ? ! ou j’ai peur de comprendre !!!

 

J’AVAIS TUE…

 

Marguerite me prit les mains et secoua la tête. Je ne comprenais pas, tant d’images dans mon cerveau se mélangeaient que même le bruit de mes mots bourdonnaient dans ma tête sans pour cela formaient des phrases cohérentes ! Tout se mit à tourner dans un vacarme incessant, à tel point que mon crâne allait exploser.

J’étais paniquée, mon cœur s’emballait, mes idées également ; mes yeux allaient et venaient de l’escalier à Marguerite, je sentais mes mâchoires claquaient sans que j’en sois consciente, j’avais froid !

Marguerite posa un doigt sur ma bouche, m’imposant le silence et, par la même occasion, arrêtant le claquement de mes mâchoires, pour m’encrer à nouveau dans la réalité. Autour de nous, tout était calme, il était encore tôt et personne n’était debout à cette heure matinale.

Marguerite m’emmena dans l’arrière-cuisine, me fit me déshabiller, je m’exécutais, pantin entre les mains de ma gouvernante, comme pour ne plus avoir à penser.

Elle monta avec moi dans sa chambre, fouilla dans une vieille malle et en sortit une petite boite, qu’elle me tendit. je la pris d’une main tremblante, ne sachant pas ce qu’elle contenait – voulais-je vraiment le savoir ? J’ouvris la boite, défis le linge en coton jauni et découvris un livre, dont je caressais la couverture de cuir écornée qui semblait vieille de plusieurs années.

Je regardais Marguerite mais n’obtint rien d’elle, par un mot, pas un signe. Alors, je feuilletais rapidement le livre aux pages cornées, usées par une main à l’écriture changeante. Au fil des pages, je me rendis compte qu’elles étaient noircies non pas par une seule et unique écriture mais par une dizaine d’écritures aux traits différents, trahissant diverses époques et langues.

J’avais entre les mains le journal de femmes qui se le transmettaient de génération en génération. Moi qui était réfractaire à ce genre de journal intime, voilà que je détenais les mémoires, les voix de mes ancêtres, toutes aussi diverses que sublimes ; j’eus un pincement au cœur. Les mains de ma mère avait touché cette couverture burinée, caressait ces pages jaunies…

Je survolais ces lignes noircies par des mains étrangères et auxquelles je n’entendais rien et m’attardais sur la dernière écriture griffonnée, comme précipitamment, sur les pages.

Après une lecture rapide, je frémis.

Ma grand-mère avait-elle donc raison quant à l’apparente fragilité mentale de ma mère ? J’en venais maintenant à craindre pour la mienne, et les éléments d’aujourd’hui l’attestaient. Je ne voyais que trop les similitudes flagrantes dépeintes par ma mère et ce que je vivais actuellement. De toute évidence, ma santé mentale déclinait, mais à la lumière d’une seconde lecture, étayer par les récits de mes aïeules, je n’étais pas folle… ni meurtrière ! car tout au long de ces décennies, une même image, un même nom revenait : Lilith !

 

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1 mars 2013

R.J. Carré-Lapresad© tous droits réservés

Classé sous R.J. Carré-Lapresad — carrelapresad @ 19 h 37 min

Un blog© consacré à l’imaginaire, aux créatures sombres et fantastiques, où VAMPIRES, FANTÔMES peuplent mes romans, mes dessins.

VAMPIRES, FANTÔMES, LOUP-GAROUS, pourquoi ses créatures fantastiques nous fascinent-elles ? Nous aident-elles à échapper à notre quotidien ? Pénétrons maintenant dans leur univers, au travers d’extraits de mes romans, de dessins, de films que tous (ou presque) ont adorés.

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