Imagine ère

10 septembre 2014

Petit extrait du tome 2 (réécriture)

Classé sous Tome 2 Les Amants du Crépuscule — carrelapresad @ 16 h 27 min

 Le début de l’histoire se passe pendant la seconde guerre mondiale : 

Frankreich, Ruinen    La ferme ! Tais-toi !

Cachée comme à son habitude au fond de la grange, les mains plaquées contre ses oreilles, Alice était recroquevillée derrière un engin agricole pour apaiser sa colère. Des idées folles résonnaient, tournaient dans son crâne, la remontant comme une pendule. Pourquoi sa conscience ruminait-elle ainsi ?

            Assez ! lui cria-t-elle.

            Mais l’autre de continuer : Il n’y en a que pour elle. Ce n’est qu’une petite sotte… Elle finira par se faire tuer. D’ailleurs, si tu n’étais pas là pour la protéger, elle serait déjà morte !

            C’est faux et tu le sais très bien. Louise est ma cousine et ma meilleure amie. Elle fait ce que nous devrions tous faire ! Résister !

            Une détonation sourde secoua le ciel. La jeune femme sursauta, un frisson descendit le long de sa colonne vertébrale, dressant tous les poils de son corps. Les bombardements avaient repris. Le dernier obus venait d’exploser non loin de là, percutant le sol dans un tremblement sonore qui fit vibrer la terre, la bâtisse, les engins, ses os. Son âme. Les paupières fermées avec force, Alice ramena ses jambes qu’elle serra plus fort contre elle. Elle était venue pour s’isoler, canaliser sa fureur. Voilà qu’elle devait attendre que les bruits à l’extérieur cessent, blottie au fond du hangar. Elle avait horreur de ces grondements, ils lui faisaient peur… et lorsqu’elle était effrayée, elle ne se contrôlait plus. Ce qui l’effrayait encore plus.

Elle leva soudain les yeux. Non ! des bruits de pas précipités sur le gravier. Un regard à la pièce. Etait-elle bien cachée ? Son cœur s’affola. S’ils décidaient d’entrer, ils la repéraient à coup sûr. Mais pourquoi entreraient-ils ? Personne ne la cherchait, personne ne savait qu’elle venait ici pour s’éloigner du village et des bombardements. Alors, pourquoi entreraient-ils ?

            Elle avait beau tenter de se raisonner, elle sentait ses muscles se tendre, signe que les problèmes arrivaient. Elle devait se maîtriser.

Les crissements approchaient. Elle tourna la tête, s’attendant à voir la poignée de la porte s’abaisser. Pourtant, rien ni personne ne pénétra dans la grange. Mais Alice ne parvenait pas à se calmer d’autant qu’une idée horrible lui traversa l’esprit : et si les bruits de pas n’étaient pas ceux de soldats allemands mais ceux de Louise ? La jeune femme tressaillit. Non ! La tête dans ses mains, elle gémit. Ses doigts se crispèrent sur son cuir chevelu et elle s’effondra en larmes. Cela ne pouvait pas continuer ainsi, ou elle finirait par blesser quelqu’un. Ses épaules se raidirent : son pouvoir prenait le dessus et tentait de s’échapper hors d’elle. Il fallait qu’elle évacue ce trop-plein d’angoisse et de haine autodestructrice. Combien de fois avait-elle pensé à en finir ? Ce n’était pas un don mais une malédiction.

Elle sentit une vague de chaleur l’envahir et ses mains tremblèrent, sa respiration s’accéléra, lui faisant tourner la tête jusqu’à avoir des étoiles devant les yeux. Il émanait d’elle une telle énergie que son corsage se mit à onduler sur sa peau parcourue de spasmes électriques. L’air se chargea de particules bleutées. Les pulsations amplifiaient, crépitaient, dessinant des cercles autour d’elle. Des brins de paille, animés par le souffle énergétique, se mirent à frémir et s’élevèrent dans un grognement poussiéreux. Les outils s’entrechoquèrent sur leur étagère et se soulevèrent à leur tour. Puis il y eut un sifflement strident, l’obligeant à boucher ses oreilles. Mais le bourdonnement était à l’intérieur de sa tête, emplissant son crâne déjà sous pression. Elle plissa les yeux sous l’effet de la douleur qui devenait atroce, indescriptible. Un craquement ! puis la piqure d’une aiguille dans le coin interne de son œil. Quelque chose d’humide et chaud coula de son nez. Elle porta ses doigts à sa narine… Du sang ! Elle saignait maintenant… Elle devait évacuer sa crise ou celle-ci finirait par la submerger.

De nouveau, une déflagration et le sol trembla sous ses pieds ; la secousse ébranla la construction qui se mit à protester. Pitié ! pas encore ! Le battement de son cœur cognait contre la paroi crânienne. Les paupières fermées avec force, les paumes contre sa bouche, elle cria à pleins poumons. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle vit l’air se cristalliser autour des objets en lévitation pour ensuite les laisser choir lourdement sur le sol de terre battue.

            Comme à chaque fois, la pression était retombée, elle était vidée. Lessivée. Et comme à chaque fois, la respiration saccadée, elle sentit la nausée bouillonner au creux de son estomac, monter dans sa gorge. Vite, elle plaqua ses mains fraîches contre ses lèvres, pour apaiser son mal-être. Respirer doucement par le nez. Trop tard, un jet de bile jaillit entre ses doigts, se répandit sur son col et ses genoux. Sa jupe était tachée… elle devrait nettoyer cette tache dès son retour chez elle. Elle essuya ses mains maculées avec de la paille, se servant de cette dernière pour imbiber les glaires répandus sur le tissu fleuri. Elle regarda autour d’elle. Avait-on entendu son cri ? Après quelques secondes à retenir son souffle, elle poussa un soupir de soulagement. Apparemment non. 

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